Le recours au redressement judiciaire dans la mode

par | 28 novembre 2023

Bienvenue !

J’ai décidé de lancer mon blog en 2023! Je suppose que vous vous demandez pourquoi ?
Je n’ai pas l’ambition de devenir une blogueuse influente. Je ne cherche pas non plus à devenir numéro 1 sur Google sur la requête créer sa marque de mode. Je suis tout simplement passionnée d’écriture et de lecture depuis petite. C’est donc naturellement que j’ai commencé à écrire sur les réseaux.

J’aime présenter mes analyses du secteur de la mode sous la forme d’écrit. Je le fais depuis plus de 5 ans sur Linkedin. Je me sens à l’étroit avec la limite des 3000 caractères. Depuis que j’ai pris la décision de rédiger des articles de blog, j’ai davantage d’inspiration pour organiser mes idées et explorer des sujets en profondeur.

J’ai envie d’aborder certains thèmes sensibles tels que l’inclusivité, l’appropriation culturelle, l’uniformisation de la mode, la grossophobie. Je vais continuer à raconter des stratégies de marques à succès et me concentrer sur le segment moyen de gamme qui habille les classes moyennes, la majorité de la société française.

Je vous parle comme si on se connaissait parce qu’à priori vous me suivez sur LinkedIn et vous avez atterri ici via ma Newsletter. Je tenais à vous remercier de me lire et de me suivre dans cette nouvelle aventure épistolaire.

Créativité & Succès

#007 Du profil du repreneur dépend la réussite de la reprise

Dans l’univers complexe de la mode, les cycles de création et de commerce peuvent parfois connaître des turbulences. Les entreprises du secteur, tout comme celles d’autres industries, peuvent se retrouver à un carrefour délicat appelant à des décisions cruciales. Le redressement judiciaire émerge alors comme une stratégie de survie, ouvrant la voie à de nouveaux chapitres et à de nouveaux acteurs.

Dans cet article, nous explorerons le monde fascinant et parfois méconnu des procédures de redressement judiciaire dans la mode, en mettant en lumière les différents protagonistes qui façonnent ce panorama singulier. Des salariés aux repreneurs visionnaires en passant par les opportunistes, chacun joue un rôle crucial dans la renaissance ou l’évolution d’une marque.


Programme

  1. Introduction
  2. La procédure du redressement judiciaire
  3. Quand les salariés font une offre de reprise 
  4. Repreneur visionnaire
  5. Repreneur opportuniste 
  6. Conclusion

1 : La procédure du redressement judiciaire

La fréquence du recours au redressement judiciaire dans la mode est un indicateur de la mauvaise santé du secteur qui touche particulièrement le milieu de gamme. Le but de ce processus est de permettre à une entreprise en difficulté de continuer son activité, de sauvegarder des emplois et de rembourser ses créanciers, tout en évitant la liquidation pure et simple de l’entreprise.

La reprise d’une entreprise en redressement judiciaire est un processus par lequel une autre entreprise ou un investisseur, appelé repreneur, acquiert une entreprise en difficulté financière qui est placée sous la protection d’un tribunal de commerce. 

L’entreprise peut être reprise par son propriétaire actuel si son offre de reprise est validée par le juge du tribunal de commerce.  

Difficile de romancer le cadre juridique des étapes clés du processus de reprise d’une entreprise en redressement judiciaire :

1. Dépôt de la demande de redressement judiciaire : Lorsqu’une entreprise rencontre des difficultés financières importantes et ne peut plus faire face à ses obligations, elle peut déposer une demande de redressement judiciaire auprès d’un tribunal de commerce. Le tribunal examine la situation financière de l’entreprise et décide s’il convient de la placer sous la protection du redressement judiciaire.

2. Nomination d’un administrateur judiciaire : Une fois que le tribunal a décidé de placer l’entreprise en redressement judiciaire, il nomme un administrateur judiciaire, qui est un professionnel spécialisé dans la gestion des entreprises en difficulté. L’administrateur judiciaire a pour mission de surveiller et de gérer l’entreprise pendant la période de redressement.

3. Recherche d’un repreneur : Pendant la période de redressement, l’administrateur judiciaire recherche des repreneurs potentiels qui sont prêts à racheter l’entreprise en difficulté. Ces repreneurs peuvent être d’autres entreprises, des investisseurs privés, ou même des salariés de l’entreprise.

4. Négociation et offre de reprise : Les repreneurs potentiels négocient avec l’administrateur judiciaire pour définir les conditions de la reprise, y compris le prix d’achat, les modalités de paiement et les engagements vis-à-vis des employés. Une offre de reprise est soumise au tribunal pour approbation.

5. Approbation par le tribunal : Le tribunal examine l’offre de reprise et décide si elle est favorable à l’entreprise en redressement, aux créanciers et aux employés. Si le tribunal approuve l’offre, le repreneur est autorisé à acquérir l’entreprise.

6. Finalisation de la reprise : Une fois que l’offre de reprise est approuvée, le processus de reprise est finalisé. Le repreneur devient le nouveau propriétaire de l’entreprise en difficulté et prend en charge sa gestion.

7. Mise en œuvre du plan de redressement : Le repreneur met en œuvre un plan de redressement pour remettre l’entreprise sur la voie de la rentabilité. Cela peut impliquer des restructurations, des économies de coûts, des réorganisations, etc

Le processus de reprise d’une entreprise en redressement judiciaire est complexe et nécessite la coopération de diverses parties prenantes, y compris le tribunal, l’administrateur judiciaire, les créanciers et les employés.

L’objectif final est de permettre à l’entreprise de surmonter ses difficultés financières et de continuer à fonctionner, préservant ainsi des emplois et remboursant autant que possible les dettes en cours. Le recours au redressement judiciaire est considéré comme le dernier recours pour sauver une entreprise. Le repreneur est considéré comme un sauveur qui va relancer l’activité et sauver des emplois.

2 : Quand des salariés font une offre de reprise

Dans les faits, certaines entreprises placées en redressement judiciaire ne changent pas toujours de mains. L’offre de reprise proposée par des salariés de la marque ou par son propriétaire initial est validée par le juge du tribunal de commerce.

Par exemple, le groupe marseillais Kaporal placé en redressement judiciaire le 30 mars 2023 a été racheté par d’anciens cadres.

Nicolas Ciccione, directeur digital data et CRM, Thierry Bongiovanni, directeur commercial retail et wholesale, et Reginald Labbé, co-propriétaire et directeur général financier ont présenté une offre de reprise rassurante pour la continuité de l’activité et la préservation des emplois

  • reprise de 85 boutiques
  • reprise de 395 salariés en contrats permanents
  • cession de 28 franchises

Le profil de repreneur est clé dans l’analyse de l’offre de reprise. Les compétences et l’expertise du secteur sont des éléments qui entrent en ligne de compte. Le nombre de points de vente et d’emplois préservés restent les données principales prises en considération pour décider du candidat à la reprise idéal

3 : Le repreneur visionnaire

En période de crise, certains hommes d’affaires se frottent les mains à l’idée de faire de très bons deals. Le principe est simple, il s’agit d’acquérir une entreprise à un prix dérisoire et de la revendre au moment opportun avec la certitude de réaliser une plus value

Des investissements sont nécessaires pour revaloriser l’entreprise mais ils restent en théorie inférieurs au potentiel de revente.

Dans le secteur de l’immobilier aux États Unis, on utilise l’expression “flip a house” pour désigner ce genre d’opérations financières. C’est une pratique qui consiste à effectuer l’achat d’un actif immobilier, puis à procéder à sa revente rapide à des fins lucratives, généralement après avoir effectué des rénovations ou avoir apporté des améliorations au bien

On peut distinguer différents profil d’acquéreur d’entreprise

Le profil de l’homme d’affaires visionnaire qui est guidé par l’ambition de faire grandir un groupe de façon pérenne. Ces acquisitions successives témoignent d’une volonté stratégique de renforcer ses positions sur le marché français.

Par exemple, le Groupe Beaumanoir a fait l’acquisition de plusieurs marques au cours des 10 dernières années.

  • Morgan – reprise de 500 boutiques sous enseigne en 2009 dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire
  • La Halle – reprise de 366 magasins en 2020 dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire
  • Caroll – achat de la marque 480 boutiques en 2021
  • Sarenza – achat du site de e-commerce en 2022

Aujourd’hui, ces marques font toujours partie du groupe. Et l’équipe dirigeante continue à envisager des stratégies d’expansion externes à travers le rachat de Naf Naf ( en 2020) ou Kookaï ( en 2023)

 

4 : Le repreneur opportuniste

Le profil de l’homme d’affaires opportuniste qui cherche à faire des coups financiers. Pour exemple, on peut citer Michel Ohayon, le fondateur de la Foncière Immobilière Bordelaise.

  • Grands Magasins Galeries Lafayette – achat de 22 magasins en 2018
  • Camaïeu reprise de 511 boutiques pour 1€ symbolique en 2020
  • Gap – achat de 21 magasins en 2021
  • Go Sport reprise “sans condition” pour 1€ symbolique en 2021

Manque de vision de long terme, méconnaissance du secteur, crise du covid. On peut établir une liste d’éléments de contexte qui pour expliquer la Malédiction Ohayon. La mode n’est pas un secteur de coups financiers rentables. Le rythme des ventes ne suit pas un calendrier fixe déterminé à l’avance. Il n’est pas question de vendre du Nutella ou des bouteilles de Coca-Cola. Le secteur de la mode est intransigeant et le niveau des investissements nécessaires au succès d’une marque n’a cessé d’augmenter.

Aujourd’hui, la Foncière Immobilière Bordelaise a été placée en redressement judiciaire en février 2023

  • Go sport a de nouveau été placée en redressement judiciaire en janvier 2023 a été repris par Intersport en avril 2023
  • Camaïeu a de nouveau été placée en redressement judiciaire en août 2022 et liquidée en septembre 2022
  • Gap a de nouveau été placée en redressement judiciaire en mars 2023 et rachetée par JD Sports en 2023
  • Les Galeries Lafayette ont été placées en procédure de sauvegarde en février 2023

L’absence de liquidités pour financer les plans de reprise n’a pas permis d’assurer la continuité de l’activité. C’est Camaïeu qui paye le prix fort d’une ambition peut être déconnectée des réalités opérationnelles.

Finalement Gap et Go Sport sont rachetés par des professionnels du secteur  qui devraient  pouvoir faire face aux challenges à venir. Le groupe Célio a fait l’acquisition de la marque Camaïeu et des noms de domaines sans reprise d’équipes ou de boutiques. Le deal ayant été réalisé par la liquidation. 

Conclusion

Les procédures de redressement judiciaire dans le domaine de la mode ne sont pas simplement des récits d’adversité, mais aussi des récits d’opportunités et de renouveau. Les salariés engagés, les visionnaires inspirés et les opportunistes stratégiques représentent autant de facettes d’une même réalité complexe. 

À travers les méandres du redressement, ces acteurs façonnent l’avenir des marques et, par extension, participent à l’évolution constante du paysage de la mode. Ce ne sont pas seulement des repreneurs, mais des catalyseurs de transformation, insufflant une nouvelle vie dans l’industrie, souvent imprévisible et toujours en mouvement.